NEPTUNE A BARRE LE CAPRICE


UN CROISEUR RAPIDE ET CONFORTABLE CONSTRUIT PAR DUBIGEON-NORMANDIE

Le "Caprice" complète la gamme Jouët et prend place aux cötés du "Sheriff" qui mesure un mètre de moins. L'architecte Yves Mareschal s'est employé à dessiner une carène rapide tout en tenant compte du confort demandé sur un bateau de croisière confortable. Lancé à l'occasion du salon nautique de janvier 69, le "Caprice" devait par la suite subir quelques modifications concernant le plan de dérive. Les aménagements en bois devaient être réalisés en polyester pour s'adapter aux besoins de la construction en série.


CONCEPTION


Avec ses 7,42 mètres, le "Caprice" se situe au niveau des croiseurs pouvant aisément satisfaire à un programme de croisière semi-hauturière. Son comportement à la mer et son habitabilité lui permettent en effet de réaliser des croisières déjà importantes et de se défendre honorablement dans un éventuel mauvais temps.

Le franc-bord élevé, le petit roof posé sur un pont dégagé, le tableau arrière tombant sur l'eau à la verticale donnent au bateau une silhouette ramassée qui n'est pas sans rappeler certains autres productions des chantiers Dubigeon-Normandie. L'étrave assez élancée ménage à la coque des entrées d'eau très fines. Le rapport de lest se situe aux environs de 35 % ce qui n'est pas énorme, la stabilité étant surtout assurée par la largeur importante de la coque qui mesure 2,50 mètres au maitre-bau.

Le tirant d'eau relativement faible de 1,21 mètre facilite l'accès de nombreux petits ports ou criques. Le plan de dérive est classique. La coque est en forme sans retour de galbord, et supporte la quille proprement dit qui est constituée d'un aileron pourvu d'un lest en forme de bulb. LE gouvernail dont le safran se trouve tout entier situé en arrière de la mèche est précédé d'un petit aileron destiné à tenir le bateau sur le plan longitudinal.

Le plan de voilure laisse place à une grand-voile de petit dimension et un triangle avant important comme sur la plupart des gréements de sloop moderne. Le génois de 17 m2 porte la surface totale de voilure à 28 m2 au près. Il est prévu un spinnaker de 30 m2 aux allures portantes.

L'équilibre de la coque et la facilité de manoeuvre due au plan de voilure simple font du "Caprice" dun bateau bien conçu.

CONSTRUCTION


Réalisée en plastique armé, la coque possède une épaisseur moyenne de 7 mm porté à 12 mm dans les fonds. Le pont et le cockpit sont moulé d'une seule pièce qui vient s'assembler sur le haut du bordé par une soudure rendu étanche à l'intérieur par un liston en bois. La rigidité de la coque est assurée en partie par la cloison central. Une épontille s'appuyant sur la quille reçoit l'effort du gréement.

L'aileron supportant le lest en fonte est boulonné à travers la coque. Le safran en acajou peint est monté sur une mèche inoxydable coulissant de part en part. Le contre-moule à l'intérieur reçoit la plupart des aménagements comprenant la cuisine, les banquettes et certains volumes de rangement. Il prend place à l'intérieur de la coque avant l'assemblage coque-pont.

LA construction est incontestablement solide, et l'habillage extérieur de la coque est soigné. Le pont possède un relief antidérapant imprimé dans la masse. Des cale-pieds et des mains courantes en bois assurent la sécurité pour les manoeuvres de pont et contribuent à améliorer l'esthétique du bateau. Le capot de roof, coulissant, en plastique armé, permet de découvrir largement la cabine. Il nous a cependant paru un peu mince, ployant dangereusement sous nos pieds. Il serait souhaitable de le renforcer légèrement. On peut en effet être amené à marcher dessus en particulier lorsque l'on prend des ris ou que l'on ferle la grand-voile.

GREEMENT ET ACCASTILLAGE


Le gréement du "Caprice" est celui d'un sloop moderne. Le mât est tenu par une paire de haubans montant en tête, deux paires de bas-haubans, un étai et un pataras. Celui-ci a la particularité de se terminer par une patte d'oie amurée sur un côté du tableau et tenu par un ridoir de l'autre. Le milieu coulisse librement dans une poulie fixée au bout du pataras. Ce dispositif offre l'avantage de pouvoir border énergiquement le pataras en ayant recours à un seul ridoir tout en possédant plus de force à cause de la démultiplication. Le mât souffrait malgré tout d'une trop grande souplesse du à la nature même du métal. Il est néanmoins possible de le régler convenablement en ayant soin de raidir les bas-haubans avant.

En ce qui concerne les manoeuvres courantes et l'accastillage de pont nécessaires aux différents réglages, on peut dire que le bateau est bien équipé. Le pied du mât dispose d'un seul winch de foc, le guindant de la grand-voile pouvant être étarqué à l'aide d'un palan se trouvant sous le vît-de-mulet. La bôme est équipée pour prendre des ris, les violons et les taquets sont fixés à cet effet sur les joues. L'écoute de grand-voile comporte une estrope reliée au palan à quatre brins lui-même amuré sur le chariot de la barre d'écoute. Celle-ci permet de faire varier l'incidence du plan de voilure. Le chariot est réglable en position grâce à deux petites manoeuvres renvoyées sur des taquets coinceurs. Les winches de foc sont correctement disposés suivant une légère pente qui permet de travailler l'écoute suivant un bon angle de tire. Le rail d'écoute de foc se trouve à l'extérieur des filières. Il est très utile aux allures de largue mais un second rail disposé sur le pont à mi-distance entre le roof et le bordé serait le bienvenu pour permettre de border les focs plus à l'intérieur, condition indispensable pour faire du près.

Le "Caprice" est proposé en deux versions : l'un avec un moteur fixe, l'autre avec un moteur hors-bord. Nous avons essayé la version hors-bord et avons pu apprécier la facilité de montage du moteur sur le tableau arrière. La plage arrière est pourvue à cet effet d'un puits qui reçoit les presses de serrage du moteur. Il est préférable de rentrer celui-ci lorsqu'on navigue à la voile car il freine quelque peu la marche du bateau. Le coffre arrière est alors parfaitement indiqué pour loger le moteur lorsqu'il n'est pas à poste. En version moteur fixe, il est prévu un Couach BD 1 de 6 CV à essence et démarrage électrique.

AMENAGEMENTS


Si la plupart des croiseurs mesurant entre sept et huit mètres sont aménagés de la même façon, nous pouvons dire que le "Caprice" fait preuve d'une originalité marquante. L'agencement dénote en effet une certaine recherche dans l'utilisation des volumes qui n'est pas courante. Le carré est résolument étudié pour que la vie à bord soit agréable et fonctionnelle aussi bien à la mer que pendant les escales. Les couchettes sont réparties de part et d'autre du centre du bateau et ménagent une "cellule", à l'endroit le plus large, étudiée pour la vie diurne. Une vaste cuisine comprenant un réchaud à deux feux monté sur cardan, un évier avec eau courante, une glacière bien utile l'été fait face à un coin dinette formé par deux banquettes autour d'une table. Celle-ci se démonte la nuit pour faire place à une couchette double. Sur l'arrière, deux couchettes cercuil sont encastrées de part et l'autre de la descente sous les bancs du cockpit. En avant du carré et séparés par une cloison se trouvent à tribord les toilettes puis le poste avant comprenant deux couchettes. Un logement aménagé dans l'étrave est destiné à recevoir le mouillage.

Le capot du roof est monté de façon à pouvoir se lever entièrement, ce qui découvre l'ensemble du carré. Ce détail est particulièrement apprécié par beau temps au mouillage.
Nous accédons au cockpit par le capot moteur qui sert de descente. Celui-ci est vaste. Des hiloires tout en protégeant des embruns dossiers au banc du cockpit. Il est rendu étanche par deux nables importants provus de crépines.

Comme tous les aménagements types, on peut dire qu'ils peuvent paraître à certains un peu compliqués mais tous ceux qui naviguent reconnaîtront la recherche d'un agencement bien compris. Le carré est par exemple particulièrement bien éclairé et l'on a l'impression de vivre au dehors.

COMPORTEMENT A LA MER


Les caractéristiques de coque er de voilure du "Caprice" le désignaient à priori comme un bateau classique capable de bonnes performances. Le bateau nous a paru en effet rapide dans le petit temps qui semble lui convenir particulièrement en raison de son déplacement peu important. Si ces caractéristiques particulières sont agréables il faut toutefois tenir compte de la répartition des poids à bord où la position d'une seule personne peut faire toute la différence entre un bateau qui "se traine"et un bateau qui marche. Il faut en particulier éviter de charger l'avant car le surcroit de poids sera d'autant plus néfaste que l'élancement est important. Ceci dit le bateau est incontestablement rapide. La stabilité de la coque est bonne, mais il faut garder présent à l'esprit que la faible poids du leste lié au petit tirant d'eau en font un bateau qui manque légèrement de raideur à la toile. Il faut donc réduire la voilure assez rapidement quand la brise fraîchit si l'on veut utiliser le bateau au maximum du rendement. Dans un vent de force 3 à 4 la grand-voile et le foc n°1 semblaient donner la voilure la plus équilibrés.

La bateau presse agréablement dans les vagues avec un mouvement assez rapide qui le caractérise. Cet effet est donné par un arrière assez volumineux qui assure une flottabilité importante et qui réduit le "moment" de tangage. Nous avons apprécié l'efficacité de la barre d'écoute qui permet d'utiliser le plan de voilure avec un maximum de rendement. Nous aurions, par contre, aimé disposer d'un seconde rail d'écoute plus à l'intérieur pour border le foc plus plat à l'intérieur des filières. Si le comportement à la mer est en tous points positif, il nous semble que la barre était assez dure. Même avec un gréement correctement réglé, le bateau garde en effet une dureté de barre désagréable. Ceci est en partie dû au montage de la mèche dans le tube de jaumière mais surtout à la forme du safran dont la totalité de la surface portante se trouve en arrière de la mèche du gouvernail. Ce léger défaut peut être facilement pallie en modifiant la forme du safran et en le compensant légèrement. Ce léger inconvénient, négligeable dans le petit temps, prend toute son importance dans la brise en particulier aux allures de largue.

Si le bateau est capable de remplir parfaitement un programme de croisière côtière et semi-hauturière, il peut également s'aligner en course avec un maximum de chances. Il a en effet les qualités d'un bateau rapide : il est vivant à la barre et bien équilibré. Sa vocation première reste néanmoins la croisière, l'agencement particulier des aménagements est là pour nous le faire savoir.

CONCLUSION


Le "Caprice" vient combler un vide dans les gammes de bateaux habitables entre 7 et 8 mètres où l'éventail est relativement restreint, surtout en ce qui concerne les bateaux de croisière. Nous avons affaire à un croiseur bien compris dont l'originalité des aménagements séduira les adeptes du non conformisme. La carène bien équilibrée, le plan de voilure simple, le pont dégagé sont autant d'éléments plaidant en sa faveur. Son prix relativement élevé se justifie parfaitement si l'on tient compte de l'accastillage et de la qualité de l'équipement du bateau.


- Daniel GILLES


Retour à la page d'accueil


jouet caprice